Au terme d'une lutte intense de près de quatre heures, Rafael Nadal a repoussé Roger Federer, dimanche, pour garder sa couronne à Monte-Carlo. Vainqueur 6-2, 6-7, 6-3, 7-6, le Majorquin a démontré, malgré la belle résistance du numéro 1 mondial, qu'il demeurait le meilleur joueur au monde sur terre battue. Lauréat de ses 42 derniers matches sur la surface ocre, l'Espagnol est en course pour battre le record de Guillermo Vilas (53). Et on se demande bien qui pourra arrêter l'enfant prodige de Manacor...
Rafael Nadal a gardé son trophée.La centième édition du tournoi de Monte-Carlo ne pouvait rêver mieux. L'affiche exceptionnelle mettant aux prises les deux meilleurs joueurs actuels a tenu toutes ses promesses, livrant aux spectateurs près de quatre heures d'un match d'une qualité rare et aux rebondissements multiples. Car si le niveau de l'Espagnol sur terre battue n'est plus à démontrer, Roger Federer a su tenir la dragée haute au maître absolu de la surface ocre à l'occasion de sa première finale disputée sur les courts du Monte-Carlo Country Club. Et ce malgré une entame de match des plus délicates...
Etouffé dès les premiers coups de raquette par le lift de l'Ibère et le plus souvent dans l'incapacité de le déborder, le Suisse se trouvait vite dans une situation très inconfortable (0-4). S'il entrait dans le match par la suite, la première manche était déjà jouée et tombait dans l'escarcelle du tenant du titre (6-2). Auteur de 24 fautes directes (contre 9 pour Nadal), Federer donnait trop de points gratuits pour pousser son adversaire dans ses limites. Un Nadal tout aussi impressionnant que la veille face à Gaston Gaudio qui se détachait inexorablement dans la deuxième manche après un passage à vide de l'Helvète au beau milieu du set. Onze points perdus de rang par le numéro 1 mondial et l'Espagnol menait 5-3, puis servait pour le gain de la manche à 5-4. Mais là, fébrile, Nadal commettait deux doubles fautes et gâchait même une balle de set.
Federer relance le suspense
Un coup de mou tout de suite mis à profit par Federer qui débreakait, puis poussait son grand rival à disputer un jeu décisif qu'il remportait d'une main de maître 7 points à 2, avec à la clé quelques coups de génie et des échanges venus d'ailleurs (7-6). Aux attaques gagnantes de « Rodger », « Rafa » répondait par des passsings gagnants en bout de course comme seul lui sait les tirer. Le public en redemandait et les deux hommes n'étaient pas au bout de leurs émotions. Le troisième set commençait par un break de Federer, immédiatement repris par Nadal. L'Espagnol qui parvenait une nouvelle fois à ravir la mise en jeu du Bâlois à 4-3 sur un modèle de revers croisé qui laissait Federer en simple spectateur. Sur le jeu suivant, le Majorquin concluait la manche sur un coup droit gagnant. A l'approche des trois heures de match, l'Espagnol reprenait les commandes de la partie (6-3).
Roger Federer a prouvé qu'il pouvait rivaliser avec Nadal sur terre.Profitant de l'accumulation de fautes directes du Suisse - deux fois plus nombreuses que celles de l'Espagnol dimanche (78 contre 39 au total) - Nadal prenait le large dès l'entame du quatrième set (3-0). Pilonné sur son revers, l'Helvète semblait en avoir assez de voir inlassablement le balle revenir dans son camp et montrait quelques signes d'énervement. Titillé par le public après avoir envoyé une balle dans le ciel monégasque au moment de rejoindre sa chaise, récoltant du même coup un avertissement, Federer allait trouver là une nouvelle source de motivation. Elevant son niveau de jeu, le meilleur joueur du circuit remportait cinq des six jeux suivants pour placer l'Espagnol sous pression (5-4) et relancer le suspense. Mais le gros bras gauche de Nadal n'allait pas trembler, et les deux hommes allaient se diriger vers un second tie-break. Malheureusement pour le public, désireux de voir le match se prolonger un peu plus, le natif de Manacor, malgré un mauvais départ (0-3), allait plier l'affaire sur un ultime coup droit gagnant laissant Federer sans réaction.
Après trois heures et quarante-neuf minutes, le tenant du titre bondissait tel un cabri pour fêter son titre, le quatorzième de sa jeune carrière. Un gros «ouf» de soulagement aussi tant Federer lui a tenu tête ce dimanche d'avril sur «sa» surface. Une terre battue sur laquelle Nadal n'a plus perdu depuis avril dernier, soit une série d'invincibilité de quarante-deux matches, se rapprochant ainsi du record de Guillermo Vilas (53) et de son dauphin Björn Borg (46). Engagé dès la semaine prochaine à Barcelone, Nadal se rapproche de ses illustres aînés argentin et suédois à grands pas. Mais gare à lui, car sur l'ocre, Federer est définitivement sur ses traces...